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| Écrit par Gros-Burdet Julien | |
| 23-08-2006 | |
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Claude Tchamitchian, Jean-Luc Cappozzo, Gaguik Mouradian – La promenade improvisée Novembre 2005 - Pannonica, Nantes
Les trois musiciens s’installent. Cappozzo et Mouradian sont assis, Tchamitchian se tient debout. Les deux français entourent l’arménien. Puis Gaguik Mouradian joue les premières notes et le voyage commence ! Ce qui marque d’abord, c’est le pari du tout acoustique : aucune amplification, ce qui maintient la salle dans le plus grand silence, tout en créant une tension bien particulière. La kamancha nous emmène loin. Le son feutré, les harmonies sont d’une beauté renversantes. Puis la contrebasse s’invite, Tchamitchian danse derrière son instrument. Que ce soit à l’archet, en pizzicato, voire même avec deux archets, il fait preuve d’une inventivité de tous les instants. Passant d’un rôle d’ancrage rythmique à des envolées poétiques d’une pure beauté, le contrebassiste est la base sur laquelle s’appuient la trompette et la kamancha. C’est alors au tour de Cappozzo de rentrer dans la danse. Trompette avec sourdine, pour ne pas venir troubler la quiétude de ce matin du monde, il ose une note, puis une phrase. Après quelques instants les trois musiciens ne font plus qu’un. L’improvisation est totale mais magistrale. Certes, par moment, Mouradian semble quelque peu perdu au milieu des envolées et des jeux de ses compagnons, probablement plus rôdés que lui à ces jeux. Mais le résultat n’en est pas moins superbe. Atemporel, ni d’Arménie, ni de France, la musique jouée est un chant du monde. Tchamitchian donne parfois l’impression de livrer un combat de lutte avec sa contrebasse ; Cappozzo gigote, fait de grands gestes, puis se calme… c’est un spectacle presque autant visuel que sonore. Là où Tchamitchian représente l’ancrage musical, Mouradian est quant à lui l’ancrage visuel, restant figé comme une statue. Cette soirée n’est pas dénuée d’humour, les musiciens jouent, tentent, réussissent souvent, se perdent parfois, mais toujours avec plaisir et complicité. L’entente est parfaite, le jeu omniprésent. Les trois prennent du plaisir, et ça se voit. Je connaissais Cappozzo pour l’avoir vu sur scène Salle Paul Fort il y a quelques années et pour l’avoir entendu avec Slcavis et Sophia Domanchich sur CD. J’aimais beaucoup ce trompettiste avant ce concert. C’est encore plus le cas maintenant. Par contre, je ne connaissais ni Mouradian ni Tchamitchian. Et ce dernier restera pour moi la grande révélation de ce soir. C’est lui qui donne le rythme, qui le plus souvent ouvre la voie. Il utilise parfaitement ce que la contrebasse peut lui offrir : en pizzicato, en glissando, avec un archet, deux archets – un au-dessus des cordes, un au-dessous –, avec une pièce de métal positionnée sur le chevalet et gratter par l’archet… Que du bonheur ! Ça donne envie de découvrir ses autres travaux.
Une vidéo du concert : www.pannonica.com/photos-videos/index.html
Malaby/Sanchez/Rainey – Trio Alive in Brooklyn Concert au Duc des Lombards – 13 Juin 2006
Tony Malaby se fait plutôt rare en France. Sa venue pour plusieurs concerts, à Paris et dans le sud, avec son trio Alive in Brooklyn, était donc une excellente occasion à ne pas laisser passer. Enregistrés dans un petit club de Brooklyn tenu par des Français, Le Barbès (sic), les deux premiers albums du trio sont exceptionnels. Sortis en 2004 et 2005, ils font partie des grands moments de la musique improvisée de ces dernières années. Comme Tony Malaby l’a dit durant le concert, ils adorent jouer dans ce lieu où ils se sentent chez eux, bénéficiant d’une liberté totale.
Duc des Lombards : salle surchauffée, petite affluence de bienheureux – tout au plus une vingtaine de personnes lors du premier set. Nos trois new yorkais s’installent tranquillement sur la petite scène : Malaby est encore plus imposant que je ne l’imaginais, occupant à lui seul une grande partie de l’espace disponible pour le groupe. Le trio attaque à fond, déversant son flot de musique sur les spectateurs surpris par cette énergie débordante dès les premiers instants. Rainey est le socle du groupe. Multipliant les rythmes et les couleurs, il emmène le trio là où il le souhaite, proposant quantité de chemins que ces acolytes suivent promptement. Malaby dispose plus que jamais d’une palette sonore sans équivalent : des graves gouleyants et ronds jusqu’aux suraigus écorchés, c’est impressionnant. Il y a dans son jeu cette fêlure qui vous touche en plein cœur. Malaby conçoit sa musique comme un subtil voyage entre l’improvisation et l’écrit. Ici, l’improvisation domine, peu ou pas de parties composées. La liberté totale, sans filet. Mais liberté ne veut pas dire absence de mélodie ou de repères. La musique proposée oscille entre la rêverie, lorsque le trio se laisse allé à l’apaisement, et l’énergie brute des passages plus free et débridés. Pas une redite, pas une erreur d’aiguillage, les trois compères s’en donnent à cœur joie. Toujours sur le fil du rasoir. Chacun pousse l’autre à aller plus loin, à exploiter ses idées jusqu’au bout, puis lance une nouvelle piste sur laquelle s’engouffrent le trio. Le seul hic de ce premier set concerne la balance : le piano d’Angelica Sanchez est inaudible, enfoui derrière le sax et la batterie… bien dommage par rapport aux bribes que nous avons pu entendre. Ses lignes complexes, notamment dans les graves, sont passionnantes. Très intéressant de l’entendre au piano dans ce contexte car sur les albums du trio elle joue du wurlitzer – une sorte de piano électrique dans la lignée du Fender Rhodes. La dynamique et la construction de son jeu sont totalement différentes, proches de ce que peut faire Craig Taborn par exemple avec Tim Berne. Fin de la première partie : les trois musiciens ont bien mérité un verre de rouge en terrasse où nous les rejoignons pour échanger quelques mots et profiter de l’air frais. Après ce rafraîchissement salvateur, Malaby, Rainey et Sanchez sont de retour dans la fournaise. A partir du second set, la balance est légèrement meilleure, ce qui nous permet de profiter du travail de Angelica Sanchez. Le trio s’équilibre et fait toujours merveille. Nous ne sommes plus qu’une quinzaine. Tony Malaby est secoué de mouvements incontrôlables marquant les rythmes de ses improvisations, Rainey est plus polyrythmique que jamais et Angelica Sanchez se fait enfin entendre à sa juste valeur ! Le concert devient un de ces moments magiques : on aurait pu resté là des heures sans avoir l'impression d'une quelconque répétition ou d'un quelconque ennui… S’ensuit un dernier set, devant dix personnes passionnées et pétrifiées, qui n’auraient loupé ça pour rien au monde. Dommage pour ces trois musiciens qui ont tout donné, inventant continuellement, renouvelant leur discours lors de chaque morceau, lors de chaque set. Un grand moment !
Stephan Oliva quintet – Itinéraire Imaginaire Mai 2006 - Pannonica, Nantes
La présence de Stephan Oliva en quintet au Pannonica augurait d’une bonne soirée. Ce projet autour d’une longue suite intitulée Itinéraire Imaginaire est composé de Mathieu Donnarier au soprano, Jean-Marc Foltz aux clarinettes, Bruno Chevillon à la contrebasse, Eric Echampard à la batterie (en lieu et place de Nicolas Larmignat non disponible) et Oliva au piano et compos. Superbe concert : la musique de Oliva est magnifique et parfaitement servi par ce groupe. Cette longue suite joue énormément sur la dramaturgie, avec ses moments de détente et ses périodes de tension, les passages écrits et les passages improvisés. L’alternance entre les moments où le groupe joue au complet et les duos ou trios fait également beaucoup pour l’intérêt de la suite. On a peu vu Foltz, par contre Donnarier a été superbe au soprano, Chevillon toujours aussi bon. J’ai découvert réellement Oliva lors de ce concert car je n’avais écouté son CD que quelques fois et jamais dans son intégralité. Ses compos sont très cohérentes, s’enchaînant parfaitement. Et le pianiste est brillant, original. Un son qui me rappelait le marbre : froid, brut, tout en percussion et rythme, me faisant penser par moment à Cecil Taylor, notamment au cours d’un passage en trio avec Echampard et Chevillon : le pianiste et le batteur se poussant mutuellement dans un déluge de rythme et de son fantastique, ce qui a soulevé la salle ! Grandiose, surtout quand on sait que Echampard a remplacé au pied levé le batteur habituel du quintet. Un excellent concert, clôturé par deux rappels d’un morceau chacun, et notamment une reprise d’un thème de Motian, à qui Oliva avait consacré un projet il y a quelques temps. Un bien beau concert ! |
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| Dernière mise à jour : ( 14-08-2007 ) |
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