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Jazz sur Lie 2006 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Gros-Burdet Julien   
27-08-2006

La petite commune du Pallet, dans le pays de Vallet, accueillait ce week-end la 11e édition de Jazz sur Lie, le festival qui allie la musique au produit du pays : le Muscadet. Ce festival s'étale sur trois jours, du vendredi après-midi jusqu'au concert de clôture le dimanche en fin d'après-midi. Les concerts ont lieu soit dans le village du Pé de Sèvres, directement chez les habitants, dans les cours ou grange, ou sur les bords de la Sèvre, dans les champs et les clairières environnants. J'ai pu assister aux concerts qui avaient lieu samedi en fin d'après-midi et en soirée, nous offrant ainsi un large éventail de styles différents.

 

Duo Mérel - Hazebrouck

Nous sommes arrivés pour la fin du concert du duo composé de Pierre-Yves Mérel au saxophone ténor et à la flute et de Guillaume Hazebrouck au piano. Les deux musiciens sont installés dans une grange ouverte, au coeur du village, là-même où j'avais vu Médéric Collignon en solo il ya 3 ou 4 ans. Le premier thème était signé de Mary Lou Williams, feutré, empreint d'un swing discret. Mérel a une belle sonorité au sax, profonde, chaude. Hazebrouck a un jeu de piano assez classique, intervenant discrètement pour soutenir le sax. S'ensuit Work de Thelonious Monk, qui donne lieu à une belle reprise de la part du duo qui réussit à conserver l'esprit du pianiste et compositeur génial tout en y apportant sa propre sensibilité. Puis le dernier thème dont je ne connais ni le nom ni l'auteur. Mérel attaque à la flute, du côté de l'orient. Un très beau son, encore une fois très profond, prenant. Hazebrouck le rejoint, prend un joli solo, on est revenu dans un développement plus classique. Dommage car l'introduction ouvrait de belles perspectives. Rien de nouveau ni d'extraordinaire dans ce duo mais beaucoup de poésie et de sensualité. On pouvait y retrouver la grande tradition des duos sax-piano, en pensant à Kessler et Shepp, Lacy et Waldron ou Konitz et Solal, sans en atteindre les sommets. Je découvrais ces deux musiciens. Nous n'avons pas assisté à la fin du concert car un autre débutait sur la rive de la Sèvre, au beau milieu d'une clairière où j'avais vu mon premier concert de Jazz sur Lie il y a de cela quelques années.

 

Satierik Trio - Univers Satierik

Jazz sur Lie - Satierik Trio 1Le deuxième de concert de l'après-midi se tient donc dans une clairière, la Sèvre coule juste derrière, le soleil brille. Le public est assis dans l'herbe tout autour de la mise en scène de l'univers de Erik Satie par un plasticien, Mickael Torno. Différents éléments consituent cette création, là des parapluies retournés, là des arbres enrubanés de tissus colorés, des cubes de couleurs, et même une petite pièce cachée à l'abri des regards où l'on peut voir un Embryon desséché ! Le trio, composé de Philippe Allaire au piano, de Thibaud Cellier à la contrebasse et de Cédric Routier à la batterie, travaille depuis plusieurs années sur l'oeuvre de Satie. C'est d'ailleurs à cet là que je les avais découverts la première fois que j'étais venu à Jazz sur Lie. Gnosienne, Embryons desséchés, Sports et divertissements : le trio fait subir aux compositions du grand musicien un traitement jazz qui manque parfois de prise de risque ou de folie. Le respect des oeuvres de Satie est trop marqué. La musique est belle mais manque d'âme, donnant l'impression d'un projet qui se cherche un peu. De même pour le décor, trop marqué par Satie, de façon quasi caricaturale. La cuvée de muscadet Satierik (de Christophe Maillard) ne changera rien. L'idée est bonne mais il manque quelque chose pour faire mon bonheur.

 

L'Oeil du Sourd

Jazz sur Lie - Oeil du sourd 1A l'heure de l'apéritif - du muscadet, comment pourrait-il en être autrement ! -, nous rejoignons la scène du quai où joue l'Oeil du Sourd, groupe en construction d'après l'un des chroniqueurs de CitizenJazz présent au Pallet. Ce groupe comprend Antoine Tharraud aux claviers divers et variés, Benoît Travers à la batterie, Herbé Launay aux sax et Youenn Nigaud aux guitares et basses électriques. La musique du groupe pourraît faire penser à du Medeski, Martin & Wood en plus rock, plus énergique, voire plus psyché. Les musiciens s'en donnent à coeur joie, ça tourne, naturellement, mais là encore il manque un peu d'âme ou plus de folie et d'engagement dans la prise de risque, de dérapages pour que ce groupe décolle réellement. Pourtant on sent que les gars s'amusent. Le clavieriste est très bon, alternant différents claviers, plus ou moins barrés, jouant les basses tout en bidouillant des solos groovy. Le sax est plus classique, avec un gros son et des solos qui prennent leur envol sur la rythmique de ses trois compères. Le batteur, quant à lui est un fou furieus qui allume ses peaux tant qu'il peut, essayant de mettre le feu à la scène du petit festival nantais. Par contre je suis resté sur ma faim avec les guitares de Youenn Nigaud : assez discret, en retrait, on aurait dit qu'il jouait en tant que deuxième guitariste, distillant des petits motifs rythmiques ou mélodiques de-ci de-là. A voir dans quelques temps si nos jeunes compères arriveront à se démarquer des grands anciens qui les ont précédé sur ce terrain.

 

Jus de Bocse

Jazz sur Lie - Jus de Bocse 2Pour finir cette journée, Jus de Bocse sur la scène principale, dans un champ, sur les bords de Sèvre. Mederic Collignon arrive avec ses acolytes, Frank Woeste au Fender Rhodes, Frédéric Chiffoleau à la contrebasse et Philippe Gleizes à la batterie. Le show Collignon commence ! Véritable pile électrique, il blague avec le public, créant tout de suite une ambiance agréable, malgré le froid terrible qui s'est abattu sur le vignoble. Le concert va tourner autour du répertoire de Miles Davis, avec pour commencer deux morceaux tirés de Porgy and Bess. Au cornet, Collignon a une sonorité feutrée, associée à une technique impressionnante, que ce soit dans les graves ou les aigus. Lors de certains passages, il se transforme en chanteur, voire en "scateur" des temps modernes ! Bel organe le jeune homme : une tessiture assez hallucinante, d'une belle inventivité. De grands moments. Seul bémol, ses compagnons semblent paralysés par le froid. Le parcours davisien continue avec des reprises extraites de In a Silent Way. L'atmosphère feutrée de Porgy and Bess laisse place à une musique quelque peu plus chaude. Les musiciens en profitent pour essayer de dégourdir idées et membres. On sent que ça se réveille un peu mais, mis à part Collignon qui est lancé à fond, Woeste et Gleizes n'y sont toujours pas réellement.

 

Le claviériste est en retrait, agrémentant le propos de son leader plus qu'autre chose. Quant à Gleizes, je le trouve peu inventif et assez bourrin. Seul Chiffoleau semble essayer d'atteindre le niveau de Collignon, mais ce dernier est déjà loin ! La fin du concert est un peu plus enlevée mais malgré tout je reste sur ma faim. Après avoir discuté de ce concert avec un chroniqueur de Citizen Jazz présent au Pallet et qui a eu la chance de les voir 3 fois auparavant, ce concert est le moins bon. Un CD est prévu pour l'automne, à écouter pour se faire une idée plus précise sur ce groupe prometteur mais un peu "congelé" en ce soir d'Août dans le vignoble nantais.

 

Dernière mise à jour : ( 14-08-2007 )
 
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